Histoire des relations franco-hongroises
Initiées sous le règne du roi Saint Etienne dans le cadre des relations dynastiques, l'histoire des relations franco-hongroises remonte à plus de mille ans. L'influence française au sein de la Cour du roi Saint Etienne prend sa source avec son couronnement par le Pape Sylvestre II, anciennement de l'ordre des Bénédictins; et s'affirme par le fait que la reine Gisèle était issue de la Cour Bavaroise, elle même sous influence bénédictine. Cette époque est d'ailleurs marquée par l'arrivée en Hongrie des premiers religieux français, qui fondent en 1091 l'Abbaye de Somogyvàr, qui accueillera pendant encore un siècle et demi des religieux exclusivement d'origine française.
En 1147, le roi de France Louis VII , traversant la Hongrie pour la Croisade est amicalement reçu par le roi Géza.(Il faut signaler que la première croisade, avec à sa tête Godefroy de Bouillon, avait déjà traversé la Hongrie en 1096). Les relations franco-hongroises atteignent leur apogée sous le règne du fils du roi Béla II (1173-96), Béla III, qui convole en premières noces avec Anne de Chatillon, et après le décès de cette dernière avec la fille du roi de France Louis VII: Marguerite. Ces relations sont renforcées par une volonté politique affirmée de la Cour Royale. Ainsi c'est au cours de ce siècle que s'installent en Hongrie des ordres religieux français: les cisterciens et les prémontrés. L'architecture de l'époque est manifestement influencée par le style des grands maîtres français comme l'atteste le Palais de Béla III et quelques autres bâtiments de cette période.
L'extinction de la dynastie Arpadienne en 1301 inaugure une ère de sept années de crise qui s'achève par l'accession à la charge suprême du Napolitain Charles Robert d'Anjou, investi par la noblesse hongroise. Alors que la France souffre toujours des affres de la Guerre de Cent Ans, le règne de la famille d'Anjou (Charles Robert et Louis le Grand) est caractérisée par un essor important du pays. Charles Robert, bénéficiant de l'appui financier des banquiers de Florence renforce le pouvoir royal en même temps qu'il contribue à élever le royaume de Hongrie au rang des plus riches. Sa politique d'acquisition de domaines se double de projets de mariages: sa fille aînée est ainsi promise à Louis d' Orléans. Mais la mort prématurée de la jeune fille en empêche la concrétisation. Il n'en demeure pas moins que cette promesse de mariage reste un des souvenirs les plus chers de l'historie hongroise avec en particulier la Chronique aux Images, très probablement destinée comme présent de mariage au futur époux. La mort de Charles Robert voit l'accession au trône de son fils Louis le Grand (1342-1382), dont la Cour devient le centre de la culture pré humaniste et chevaleresque.
Le Sultan Turque, Soliman II, futur allié du roi de France François Ier, défait l'armée royale hongroise à Mohacs en 1526. Cette bataille au cours de laquelle est décimée la noblesse hongroise et où le roi trouve la mort, porte un coup d'arrêt aux relations dynastiques. Ce qu' il reste de haute noblesse choisit comme souverain Ferdinand de Habsbourg Ier, alors que dans le même temps la moyenne noblesse porte sa préférence sur un voïvode de Transylvanie, Jean Szapolyai. Alors que le pays est scindé en trois parties, la Transylvanie tente de se constituer en entité étatique plus ou moins indépendante, et Szapolyai cherche à nouer des contacts avec le roi de France François Ier. La suite de l'histoire hongroise s'illustre par un nombre croissant d'hommes politiques hongrois qui recherche des appuis auprès de Louis XIV contre l'emprise des Habsbourgs: Miklos Zrinyi, les membres du complot Wesselényi et Imre Thököly comptent parmi les plus célèbres. En effet pour libérer le pays du joug Ottoman, les Habsbourgs ont exigé le prix fort. Le pays est ainsi devenu le royaume héréditaire de la Maison Habsbourg, et il revient au peuple hongrois l'obligation d'entretenir l'armée. Le mécontentement croissant provoque une série de soulèvements en plusieurs parties du royaume. Le Prince François Rakoczi II prend la tête du mouvement anti-autrichien et recherche en la personne de Louis XIV un allié face aux Habsbourgs. Mais informés de ces relations, les Autrichiens procèdent à sa capture et l'enferment. Après une évasion risquée, il trouve refuge en Pologne qui noue de solides liens d'amitié avec la France. De son exile forcé il s'attache dès 1703 à réorganiser les mouvements dispersés de révolte pour la lutte de libération nationale. Pendant un temps les événements lui sont favorables. C'est ainsi que le problème de la succession au trône d'Espagne éloigne une partie de l'armée des Habsbourgs aux prises dans une guerre contre les Français. Louis XIV apporte aussi son soutient financier à la guerre de libération nationale dirigée par Rakoczi. Cependant après les premiers succès, l'armée hongroise subit une série de revirements qui prennent principalement leur source dans l'évolution favorable aux Habsbourgs de la guerre de succession espagnole mais aussi dans les dissensions existantes au sein de l'armée hongroise où plusieurs chefs militaires préfèrent signer un traité de paix avec la Cour impérial en échange d'une amnistie. Refusant cette compromission, Rakoczi se réfugie en France où il espère obtenir l'aide de Louis XIV pour réactiver la guerre de libération. Ses démarches furent cependant vaines. A la mort du roi de France (1715), Rakoczi se retire au monastère des moines de camaldules à Yerres qu'il doit quitter au bout d'un certain temps. Il s'exile alors en Turquie où il s'éteint à Tekirdag.
Au XVIIIè siècle la lutte pour l'affirmation de la langue hongroise est inséparable de celle pour le progrès social. Le complot de Ignac Martinovics, chef des "Jacobins Hongrois" dont l'ambition est d'instaurer une société bourgeoise en Hongrie sur le modèle de la Grande Révolution Française en est une parfaite illustration. Cependant Martinovics et six de ses compagnons furent capturés et exécutés en 1795.
La guerre Napoléonienne et l'essor économique qu'elle provoque en Hongrie favorisent le rapprochement de la Cour de Vienne et de la noblesse hongroise muent par des intérêts communs. La noblesse hongroise refuse l'indépendance nationale proposée par Napoléon et dresse y compris contre lui une armée certes peu nombreuse et à l'armement obsolète (Györ 1809).
Dans le prolongement de la Révolution Française de 1848, l'Assemblée Nationale Hongroise de 1847-48 adopte les motions de Kossuth relatives à l'abolition du servage, à des réformes bourgeoises et à la proclamation d'un gouvernement national autonome. Ces questions avaient certes fait l'objet d'un dénouement favorable, bien que par des moyens plus radicaux dans la France de 1789. Après l'échec de la révolution de la guerre de libération hongroise de 1848-49, Paris redevient un des foyers les plus importants de l'émigration hongroise.
Une des principales conséquences de la Première Guerre Mondiale consiste en la dissolution de l'Empire Austro-Hongrois. En effet la France a su imposer sa manière de voir ainsi que ses idées dans les arrangements territoriaux d'après-guerre, d'autant qu' à cette époque les Etats-Unis se détournent de la scène politique européenne. Fondés sur l'application des principes de la souveraineté nationale, surviennent des bouleversements territoriaux, ainsi que la constitution d'Etats qui portent déjà en eux les germes d'une prochaine guerre d'envergure mondiale. Ainsi le Sud de la Hongrie est-il occupé dès la fin de la guerre par des troupes françaises, contribuant par leur présence au renforcement du jeune Etat roumain.
Evoquant l'anarchie qui règne dans le pays sous la République des Conseils, un opposant en la personne d'Istvan Bethlen, qui deviendra plus tard premier ministre, adresse un mémorandum au général Berthelot, commandant des forces françaises d'occupation pour lui réclamer des armes destinées aux troupes dirigées par l'amiral Horthy dont l'ambition était le rétablissement de l'ordre dans le pays.
L'opération dénommée "Marianne-Gebsfleisch" (1925), la fabrication de fausse monnaie française en 1926, ainsi que l'aide accordée aux oustachis croates, qui conduira à l'attentat perpétré à Marseille en 1935 contre le roi de Yougoslavie Alexande Ier et le ministre français des affaires étrangères Monsieur Barthou conduisent les relations franco-hongroises dans une phase de tensions.
Sous l'effet de la crise mondiale, la Hongrie affirme sa préférence pour le marché allemand, plus vaste que celui de la France, pour les débouchés de ses produits agricoles. Cette orientation marque un frein au développement des relations financières entre les deux pays. D'autant qu'à la même période l'Allemagne relègue rapidement ses rapports avec la France au second plan. Enfin le soutient notable qu'apporte la France à la Roumanie tout comme aux autres Etats de la Petite Entente contribue à détériorer d'avantage les relations bilatérales, au point qu'à cette époque l'influence française en Hongrie est presque exclusivement cantonnée dans le domaine intellectuel.
Durant la Seconde Guerre Mondiale ce sont environ trois mille émigrés hongrois qui prennent une part active à la résistance française. Enfin environ un millier de prisonniers de guerre français, évadés des camps de détention allemands, trouvent refuge en Hongrie du fait de l'absence de déclaration de guerre avec la France, ceci en dépit des protestations des autorités allemandes. Ces hommes sont rassemblés dans un camp au bord du Lac Balaton dont ils peuvent sortir pour aller travailler.
Dès 1946 la Hongrie renoue ces relations diplomatiques avec la France. Au début uniquement représentée à Paris par une simple délégation, celle-ci acquiert très rapidement et ce dès 1947 une plus grande importance avec l'arrivée à sa tête de l'ancien Président de la République Mihaly Karolyi, soulignant ainsi la valeur que la Hongrie compte apporter dans ses relations avec la France.
A partir de 1947 et après avoir contraint le premier ministre Ferenc Nagy à démissionner, les partis démocratiques se sabordent à tour de rôle. Dès l'instauration du régime communiste, de nombreuses personnalités politiques d'horizons divers prennent leur distance avec la politique officielle du pays. D'importantes personnalités de la vie culturelle et politique (entre autres de nombreux diplomates) grossissent le nombre des émigrés hongrois vivant à Paris.
Après l'épisode de la révolution de 1956, la France constitue une terre d'asile pour une partie des 200.000 Hongrois réfugiés en Occident. La présence active de l'émigration hongroise en France est illustrée par diverses publications (les Cahiers de Paris) et des oeuvres littéraires et historiques qui s'efforcent de faire connaître le rôle historique et culturel de la Hongrie. Plusieurs représentants de l'émigration hongroise de 1848 et 1956 se voient d'ailleurs décerner de distinctions honorifiques de l'Etat français (François Fejtö).
A partir de 1963 les relations entre les deux pays prennent une orientation différente avec la création de l'Ambassade de la République Populaire de Hongrie et le développement d'un dialogue politique. Alors que les deux prochaines décennies sont marquées par l'accentuation des différences politiques, économiques et sociales entre les pays de l'Europe de l'Est et l'Occident, les relations franco-hongroises connaissent néanmoins un développement, certes non spectaculaire par le fait que la France ne s'inscrit pas dans la politique des blocs. A ce titre le secteur de la coopération culturelle s'avère un des plus fructueux.
Les bouleversements survenus en1989-90 en Europe centrale et orientale inaugurent une phase nouvelle des relations franco-hongroises. Des contacts politiques au plus haut niveau s'établissent ainsi à l'issue des élections de 1990 en Hongrie. L'importance accordée à la visite du président Mitterrand en Hongrie en Janvier1990, eu comme prolongement marquant pour l'avenir des relations bilatérales la venue à Paris, parallèlement à sa visite à Bonn du premier ministre hongrois Jozsef Antall à l'occasion de son premier déplacement à l'étranger.
Dans la dernière période une dynamique s'est instaurée dans l'ensemble des relations franco-hongroises. Existent ainsi de vastes contacts entre diverses administrations d'Etat dont l'un des plus remarquable est celui noué entre les ministères de l'intérieur et de la défense. Un complément y est apporté dans le cadre de la coopération existant au sein des forums, et organisations internationales. Les différentes commissions du Parlement hongrois et de l'Assemblée National et du Sénat français, où existent des groupes d'amitié, entretiennent depuis des années une coopération fructueuse. Cependant la coopération n'est pas cantonnée aux administrations d'Etat et connaît un élargissement notable au plan des régions et de diverses autres autorités locales.
La signature le 11 Septembre 1991 par les deux ministres des Affaires Etrangères, en présences de MM Jozsef Antall et François Mitterrand d'un Traité d'Entente et d'Amitié, ultérieurement ratifié par les deux parlements apporte des bases nouvelles aux relations bilatérales.
Ce traité de base fixe les orientations à prendre pour le développement des relations dans le domaine politique, économique, financier, de la défense, des affaires intérieures et de la sauvegarde l'environnement.