Histoire des relations culturelles franco-hongroises
L'influence de la langue et de la civilisation française est présente en Hongrie depuis des siècles, bien que s'exprimant sous des dehors variable et au sein d'une couche d'intellectuels plus ou moins importante selon les circonstances historiques et sociales du moment. Dès le XVIIIè siècle les idées françaises imprègnent la manière de penser des plus illustres représentants hongrois du Progrès, de la Liberté et de la Révolution. Ainsi le poète hongrois Jànos Batsànyi exprime dès 1789 le sentiment des intellectuels libéraux hongrois avec ces vers devenues célèbres où il apostrophe les grands seigneurs hongrois en ces termes: " pour prévoir votre sort, jetez vos regards attentifs sur Paris".
Si l'influence française a toujours prédominé au sein des milieux intellectuels hongrois, il n'en demeure pas moins qu'au regard des autres sources d'échange, celle-ci était reléguée au second plan, particulièrement vis-à-vis de l'influence austro-allemande. Y compris à notre époque, l'influence française s'exprime avec plus de force dans le domaine culturel, mais de façon beaucoup plus limitée dans le secteur des sciences et des techniques. Les relations franco-hongroises se présentent aussi sous un aspect quasiment exclusivement unilatéral, illustré par l'attraction des intellectuels progressistes hongrois à l'égard de l'expérience française, sans que les valeurs, les acquis de la culture et des sciences hongroises jouissent du même prestige auprès des Français, exceptés pour quelques groupes restreints d'intellectuels dont les chercheurs sur les pays de l'Est.
Dans l'entre-deux-guerres, les universités ainsi que le Collège Eötvös de Budapest, calqué sur le modèle de l'Ecole Normale Supérieure de Paris, constituent les centres spirituels de l'influence culturel et scientifique française. Du côté français ce sont essentiellement les chercheurs en littérature comparée qui s'efforcent d'acquérir et de développer la connaissance de la littérature hongroise. On assiste aussi à l'émergence de contacts entre des personnalités hongroises et françaises, telles Aurélien Sauvageot, professeur de français au Collège Eötvös, qui introduit dans les années trente l'enseignement de la langue et de la littérature hongroise à l'Ecole des Langues Orientales de Paris; Sandor Eckhardt, professeur à l'Université de Budapest; Janos Hankiss, professeur à l'Université de Debrecen; Gyula Illyés, poète et écrivain; Albert Gyergyai, traducteur et professeur au Collège Eötvös; François Gachot, passionné de littérature hongroise et bien d'autres encore. L'Institut Hongrois ouvre ses portes à Paris en 1927, et en 1938 l'Alliance Française commence à déployer son activité à Budapest alors que s'ouvre un lycée catholique français à Gödöllö. A Paris de nombreuses plaques commémorent le souvenir de grands poètes hongrois ayant eu l'occasion de séjourner en France durant de longues périodes (Endre Ady, Attila Jozsef et Miklos Radnoti). A Barbizon ce sont les noms de plusieurs peintres hongrois qui y vécurent et exercèrent leur activité artistique, qui s'inscrivent sur les plaques commémoratives. (Laszlo Paal, Mihaly Munkacsi).
La Seconde Guerre Mondiale ne remet nullement en cause la présence française en Hongrie, d'autant que le refuge qui trouvent un millier de prisonniers de guerre français évadés des camps allemands renforce les sentiments d'amitié. Après avoir rencontré quelques obstacles au cours des années de guerre, l'enseignement du français connaît un nouvel essor au sein des écoles hongroises dès 1945. Dans le même temps le lycée français à Budapest ouvre ses portes. A compter de 1946 le français est enseigné de manière intensive dans plusieurs écoles, lycées et universités hongrois. Divers étudiants hongrois accèdent à des bourses d'étude en France alors que l'Alliance Française reprend son activité.
La mise en valeur des manifestations les plus remarquables de la culture moderne française trouve un précieux relais dans les activités de l'édition, du théâtre, du cinéma et des beaux arts. Sont ainsi publiées plusieurs anthologies de poésie française, relayées par la venue en Hongrie d'éminentes personnalités françaises du monde des sciences et de la culture.Démarches similaires mais en sens inverse initiées par plusieurs personnalités hongroises comme Gyula Illyés, Zoltàn Kodàly, Albert Gyergyai, Istvàn Sötér, Ivàn Boldizsàr. Le professeur Istvàn Sötér publie en 1946 une monographie de référence des relations franco-hongroises. Les oeuvres de plusieurs peintres hongrois modernes (Csontvàry, Derkovits) sont exposées à Paris. Enfin le gouvernement français ouvre à Budapest l'Institut Français dont les collaborateurs dispensent aussi des cours dans les universités de la ville. Malheureusement l'installation dans la guerre froide conduit a une rapide détérioration des relations culturelles et scientifiques. Une longue négociation en vue d'un accord culturel entre les deux pays débouche finalement sur une impasse. La chaire de hongrois à la Sorbonne n'est pas créée et la radio hongroise résilie le contrat conclut avec Radio France en 1947. Le processus de nationalisation engagé, place dès 1948 sous tutelle étatique l'ensemble d'établissement d'enseignement, y compris ceux aux mains intérêts privés étrangers et des églises. C'est ainsi, que le lycée français de Budapest et quelques autres écoles catholiques jouissant de l'aide française en viennent à quasiment disparaître. Un arrêté gouvernemental de 1949 institue l'enseignement obligatoire du russe dans les écoles primaires et secondaires, en même temps qu'il supprime l'enseignement des autres langues étrangères. Des chaires de français, seule celle de l'Université de Budapest maintient son activité bien qu'avec assez peu d'audience. De même que perdurent l'accès à la Bibliothèque de l'Alliance Française et la dispense des cours de français qui y étaient assurés, tout comme d'ailleurs à l'Institut Français. (Précisons qu'à partir de 1950 l'Institut Français est le seul établissement de cet ordre à encore exister derrière le "rideau de ferre", sans compter celui de Zagreb.) A Paris, l'Institut Hongrois, tout comme l'Association France-Hongrie réorganisée en 1940 continuent de déployer leurs activités.
Alors qu' à partir des années 50 les oeuvres de Balzac et de Stendhal sont publiées à de très nombreuses exemplaires, la plupart des oeuvres de Flaubert, Zola, Camus, ainsi que des poèmes de Baudelaire et Appolinaire ne seront réédités en Hongrie qu'après 1956. Plusieurs films hongrois sont présentés en France, dont celui de Zoltàn Fàbri "Le Carrousel" qui remporte un vif succès au festival de Cannes en 1955, ainsi que dans toute la France. Toujours dans le domaine du cinéma, la "nouvelle vague" du cinéma français de la deuxième moitié des années 50 (Alain Renais, François Truffaut...etc.) exerce une grande influence en Hongrie. En 1962 sous la direction de Làszlo Gara est publiée l'Anthologie de la Poésie Hongroise traduite par des poètes français. Au début des années 60 débute le long processus de reconnaissance juridique de l'Institut Français. En Octobre 1961 une commission mixte franco-hongroise élabore le premier "protocole de programmes d'échanges culturels". Les relations franco-hongroises prennent un cours favorable avec la signature en Juillet 1966 d'un accord culturel remplaçant le précédant protocole. A compter de cette date, l'accord renouvelé tous les trois ans assure les bases de relations culturelles bilatérales durables. La commission culturelle franco-hongroise, fondement de l'accord se réunie alternativement tous les deux ans à Paris ou à Budapest en vue de définir les modalités concrètes des échanges culturels. C'est l'époque où est prise la décision de fonder à Budapest un Centre Français Scientifique et Technique devant contribuer au développement de la coopération dans ce domaine.
Les relations bilatérales tant sur la base d'accords intergouvernementaux que dans le cadre d'échanges institutionnels ont connu un développement notable dans la période récente, particulièrement grâce aux bouleversements politiques intérieurs de la Hongrie qui ont accru l'intérêt pour ce pays. C'est ainsi que le nombre de jeunes français désirant apprendre le hongrois a considérablement augmenté, tout comme il convient de noter le fait qu'il est désormais possible d'obtenir un diplôme de hongrois à l'Université de Paris valable pour l'ensemble du territoire français. De la même manière la suppression du monopole de l'enseignement du russe offre des opportunités pour le renforcement de la langue française en Hongrie. Le jumelage entre écoles tout comme les liens d'amitié directe entre les jeunes des deux pays sont ravivés.
Aux échanges traditionnels déjà importants s'ajoute une pénétration accrue de la littérature et de l'art français en général dans le pays, ainsi qu'une plus grande disponibilité des organismes d'Etat et fondations françaises à soutenir des initiatives culturelles hongroises. Les contacts existant entre les bibliothèques les théâtres, les sociétés littéraires et les centres cinématographiques font preuve d'un essor remarquable. Le Centre d'Etudes Hongrois à Paris enrichit son activité de plusieurs manifestations à succès. De la même façon la position de la Hongrie s'est renforcée y compris en province avec par exemple un professeur hongrois qui assure des cours à Lyon et le jumelage entre les Universités de Pécs et d'Aix-Marseille. La France a pris l'engagement de fournir aides et bourses d'étude par l'intermédiaire de fondations privées et des institutions communautaires pour la modernisation du système d'enseignement et la formation de spécialistes. L'existence de recherches communes dans le domaine des sciences et des techniques atteste de la vigueur de cette coopération. Les opportunités de coopération scientifiques et techniques ont été accrues au cours de l'année grâce à un apport financier dégagé par le Ministère français de la recherche et de la technologie équivalent à 50% de la somme fixée à cette fin dans le cadre de l'accord intergouvernemental.
La position de l'Institut Hongrois à Paris est renforcée par une meilleure définition du statut de ses collaborateurs et l'amélioration de leur condition de travail. Parmi ses programmes, les concerts axés sur la représentation d'artistes de renommé international et garant des valeurs les plus nobles de la musique hongroise contribuent à remplir systématiquement la salle.( Quatuor à cordes Bartok, Miklos Perényi, Jenö Jando, Veronika Kincses, Zoltan Kocsis, le Quatuor Takacs-Nagy etc.) Le cadre du programme de coopération culturelle scientifique et technique pour les années 1991-92-93 conclu entre la France et la Hongrie couvre un vaste domaine d'intervention comprenant les questions liées au droit, à l'administration, l'éducation, la formation, la culture, l'évolution des sciences et des techniques y compris une coopération socio-économique. Fondées sur relations à caractère ministériel, la France a créé à cet effet un Comité de Coordination Interministériel pour l'Europe centrale et orientale. Notons quand même qu'un des axes prioritaires de la coopération entre les deux pays vise au développement des relations économiques.
Institut Hongrois de Paris
Accueil et secrétariat:
M. András ECSEDY-DERDÁK Directeur (Conseiller, Affaires culturelles) M. Csaba VARGA, Directeur adjoint, Chargée de mission (domaines artistiques)M. György LÁSZLÓ, Chargée de mission (enseignement, sciences sociales, cinéma)